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Le musée mémorial des sociétés face au terrorisme

Créer un musée-mémorial rendant hommage aux victimes du terrorisme est un engagement présidentiel pris le 19 septembre 2018 sur proposition du Comité mémoriel mis en place par la garde des Sceaux, ministre de la justice, à la demande du Président de la République.

Le Comité mémoriel assignait au futur musée-mémorial la mission de « rendre compte de la façon dont les sociétés démocratiques affrontent l’épreuve du terrorisme, car ce n’est pas tant du terrorisme qu’il s’agit de faire musée que du défi qu’il représente pour la démocratie et la façon dont elle le relève ».

Pour ce faire, le Premier ministre a confié à l’historien Henry Rousso, directeur de recherche au CNRS et connu pour ses travaux sur la mémoire collective, la présidence d’une mission de préfiguration composée de 16 personnalités aux expériences et responsabilités diversifiées.

Remis le 10 mars 2020 au Président de la République, ce rapport préconise que le futur musée-mémorial remplisse trois fonctions : être un lieu d’hommage et de recueillement, mais également un musée d’histoire et de société, un lieu de transmission sociale, pédagogique, culturelle et scientifique.

Au regard des rares sites comparables dans le monde, le projet français est unique en son genre : il ne concerne pas un seul attentat ou un seul type de terrorisme, mais couvre l’ensemble des victimes et des actes terroristes de toute nature qui ont touché la France et les Français, ainsi que les victimes françaises à l’étranger et ce, depuis la fin du XIXe siècle.

Il devra accorder une place centrale aux victimes, aux survivants, aux blessés physiques et psychiques, ainsi que rendre visibles les primo-intervenants et aidants de première ligne – pompiers, secouristes, policiers et gendarmes, médecins, ou encore simples voisins.

Ce lieu de mémoire et de résilience permettra ainsi d’affirmer la capacité de la société française à prendre de la distance sur ce qui la frappe de plein fouet – surtout depuis 50 ans avec une dimension internationale –, et de renouer ainsi avec sa longue tradition de résistance par l’esprit critique, l’universalisme et la culture.

Le projet va désormais entrer dans des phases opérationnelles : rédiger le cahier des charges et définir le lieu d’implantation du musée-mémorial, décider de son statut et prévoir son mode de fonctionnement, puis en concevoir et réaliser le projet immobilier, avant d’ouvrir enfin au public.

 

La tuerie d’Auriol : d’un combat politique à un massacre

« La tuerie d'Auriol » est l'assassinat six personnes d'une même famille, dont un enfant de huit ans dans la nuit du 18 au 19 juillet 1981. Cette affaire va bouleverser la France entière de par son atrocité ; mais également de par son caractère politique. Les origines de ce drame mènent en effet les enquêteurs au coeur du système gaulliste.

27 avril 1985. Alors que le procès de la tuerie d’Auriol défraye la chronique depuis six jours, l’un des accusés, Jean-Bruno Finochietti, dans une indifférence générale, lâche pour la première fois un nom : Collard. Lui, qui, depuis ses premières heures de garde de vue et ses premiers aveux avait toujours désigné le chef de l’opération par la lettre Z, fini par trahir le commanditaire de ce sextuple meurtre.

Quatre ans après les faits, la dernière ombre se lève sur cette histoire qui a bouleversé la région Rhône-Alpes. Le fil de cette douce soirée où la famille tout entière de Jacques Massié a perdu la vie s’écrit enfin devant les assises desBouches-du-Rhône alors même que Collard plaide innocent.

  

Le fruit d’un long travail de manipulation…

10 Mai 1981. Mitterand est élu président de la République semant le trouble chez les

Gaullistes, et plus particulièrement chez les membres du service d'action civique (SAC), la milice gaulliste devenue service d’ordre du parti.

Dans la région de Marseille, des bruits courent : Jacques Massié, le patron du SAC des Bouches-du-Rhône serait prêt à retourner sa veste et à livrer des dossiers sur tous les membres de l’organisation aux socialistes pour s’assurer un avenir.

Jean-Joseph Maria, l’adjoint de Massié - et de notoriété public son ennemi juré -, préfère alerter Pierre Debizet, le président de l’organisation gaulliste. Celui-ci lui promet une réunion fin juillet pour crever l’abcès. Mais, pour Maria, il y a urgence à récupérer tous les dossiers qui le concernent et pourraient le compromettre.

Après une première tentative d’assassinat ratée sur la personne de Massié, Maria décide de se rapprocher de deux autres membres du SAC, Jean-Bruno Finochietti, maître d’école de l’enfant Massié et Lionel Collard, ancien légionnaire. Tous deux sont vite convaincus de l’urgence qu’il y a à éliminer Jacques Massié : c’est un traitre, d’autant qu’il est ami avec l’avocat socialiste Michel Pesé. Ils diront plus tard, qu’à travers cette mission, ils pensaient « sauver la France » et leur organisation des socialistes et des communistes.

Maria et Collard enrôlent également trois postiers membres du SAC pour mener à bien leur mission, Didier Campana, Ange Poletti et Jean-François Massoni, que le légionnaire manipule et tient par la peur.

 

Qui n’a pas laissé de place à l’imprévu…

Dimanche 19 juillet 1981. D’un combat qu’il pensait politique, leur mission se transforme en un véritable massacre. Alors que le commando vient trouver Jacques Massié dans sa bastide provençale pour récupérer les fameux documents, celui-ci s’est absenté. Collard décide alors de séquestrer la famille Massié en attendant son retour. Mais, Marie-Dominique Massié reconnaît l’instituteur de son fils, Finochietti.

L’étau se resserre sur les membres du SAC. La décision est alors prise par le commanditaire de tuer toute la famille.

Vers 3 heures du matin, à son retour, Massié est lui aussi achevé. Massoni est le seul qui n’a pas de sang sur les mains. Ils récupèrent les fameux documents qu’ils cherchaient et allument quelques bougies sous les rideaux pour faire croire à un incendie et maquiller leur crime.

 

Pour un verdict sans appel

Une fois les faits établis, face à cette « véritable boucherie », l’avocat général » Christian Lassale requiert la peine de réclusion criminelle à perpétuité contre tous les acteurs, sauf Massoni pour lequel il demande une peine de réclusion à temps. Seul Finochietti a des remords. Il déclare :« rien ne peut justifier Auriol. Nous n’avions pas à faire cette boucherie. Je ne réclame pas votre clémence ». Collard campe quant à lui sur sa position et continue de crier au coup monté.

18 mai 1985. Après 20 jours d’audience et sept heures de délibération, la Cour d’assises des Bouches-du-Rhône condamne Jean-Joseph Maria, Lionel Collard et Ange Poletti à la réclusion à perpétuité, Jean-Bruno Finochietti et Didier Campana à vingt ans de prison, et Jean-François Massoni à quinze ans devant une salle pleine à craquer et sous les yeux des caméras, présentes depuis le début de cette affaire.

Jeanne Le Borgne
Master 2/ IFP